L’extravagance à ciel ouvert

Au fil des décennies, cet hôtel particulier de 700 m2 avait été scindé en sept petits appartements. Yvan Prokesch lui a rendu son unicité, au terme de quatre années de rénovation audacieuse. Une façade entière est tombée, un escalier a déjoué la raison et la lumière a creusé un puits kaléidoscopique… L’extraordinaire est au rendez-vous de la métamorphose. Le luxe aussi.

Il y a des lieux – comme des décors de cinéma – qui mettent l’imaginaire en éveil, titillent les sens, captivent le regard. A l’instar de cet hôtel particulier de West Village, véritable fantasmagorie architecturale. A l’avant, un mur historique en pierres brunes ; à l’arrière, une façade ultra-contemporaine faite de verre et de métal. Ces deux pôles se disputent la vedette, le passé contre l’avant-garde, le secret contre l’ostentatoire. Le ton est donné : ici, l’architecture ne fera pas de compromis.

Dès l’entrée, les murs annoncent la couleur : un blanc éclatant, immaculé, qui renforce la luminosité exceptionnelle des lieux. Le visiteur a la sensation de se trouver dans un écrin minimaliste, à la sobriété muséale. Fait notable à New York, même les étages inférieurs sont baignés de lumière, grâce à un puits creusé sur cinq niveaux – colonne vertébrale de la maison. Mais la pureté ambiante n’est là que pour être bousculée : mobilier et tapis jouent la carte de l’éclectisme, en jalonnant le décor des touches vives et tapageuses.

Les perles artistiques foisonnent, mais très vite un chef d’œuvre s’impose. Magistral, sculptural, l’escalier est la vedette incontestée de l’endroit. Du rez à la toiture, il serpente – imprévisible dans sa trajectoire. Rappelant une construction d’Escher, il transcende l’espace, tandis que le violet qui le recouvre rehausse sa prestance. L’ascension de la « bête des lieux » atteint son apogée sur la terrasse, où elle prend un dernier souffle… Sa parade s’achève ici, mais un show d’une autre nature prend le relais. D’une simple pression sur un bouton, le puits de lumière se retire, permettant l’accès au toit. Pour le climax final : une vue spectaculaire sur New York et l’Empire State Building !

L’architecture, grandiose et théâtrale, ne saurait occulter l’ambition première de la rénovation : faire de cet hôtel une maison familiale cosy et luxueuse. Raffinement oblige, seuls les plus beaux matériaux y trouvent leur place, tels que le Wengé pour le parquet ou la soie pour les tapis sur mesure. Si les premiers étages sont dédiés à la réception et à la vie de famille, le dernier repousse les limites du luxe grâce à une suite master somptueuse… Avec cet hôtel particulier, Yvan Prokesch signe une métamorphose architecturale hors norme. Une folie des grandeurs, entre sophistication et poésie.

Projet réalisé au sein du bureau Billinkoff Architecture à New York